• Crash à Rota 02.09.19

    Par René

    CRASH A ROTA

    J’étais content de retrouver l’océan. Avec ses marées, ses courants et ses odeurs d’iode et de goémon.
    Et ses lois intangibles.
    La piqûre de rappel aurait pu être moins douloureuse.
    On a beau avoir effectué un tour du monde et des dizaines de milliers de miles. On a beau avoir embouqué de dangereuses passes de lagons, avoir navigué en Mer du Nord avec ses bancs de sable, en Bretagne avec ses courants et ses cailloux, on a beau avoir connu les grands marnages du nord de l’Australie, on a beau avoir navigué dans des zones peu ou pas hydrographiées.
    Bref, on a beau avoir de l’expérience, la mer se rappelle toujours à votre bon souvenir lorsque la rigueur n’est pas au rendez-vous.

    Sabine rêve depuis longtemps d’assister au spectacle ou au gala de cavaliers d’élite. La « Fundacion Real Escuela Andaluza del Arte Ecuestre » qui siège à Jerez de la Frontera est au moins au même niveau que le « Cadre Noir de Saumur » ou « l’école espagnole de Vienne ».
    Ce 2 septembre, nous voulons donc rallier le port de Rota, bonne base pour se rendre en bus à Jerez.
    Mais auparavant, une forte envie de baignade nous fait mouiller à seulement 500 mètres de l’entrée du port. Le coin est mal pavé et je repère sur la carte un récif que j’évite soigneusement à l’aller. En outre, nous sommes en vives-eaux avec un gros coefficient(108) et près de la marée basse.
    Baignade effectuée, nous levons l’ancre. Je sais qu’il me faut aller vers le large et non vers l’entrée du port pour parer l’écueil sauf que je pense être à un endroit où je ne suis pas…
    De plus, un voilier arrive en route de collision et j’accélère au moteur à 5 kn.
    L’alarme du sondeur réglé à 3,50 mètres sonne mais c’est trop rapide. J’ai juste le temps de mettre au point mort avant de percuter le rocher, avant le choc dans un bruit effroyable tout en montant sur la patate.
    Panique à bord.
    J’arrive à me sortir des récifs en marche arrière sans trop savoir comment…
    Nous pensons à une entrée d’eau par la quille. Le voyage semble terminé.
    Fini la vie de bateau. Pauvre IDEMO.
    Je suis très perturbé  et vire à nouveau trop vite. Nous retouchons le récif une seconde fois mais à moindre vitesse. J’arrive à nouveau à extirper Momo de ce piège maléfique.
    Nous sommes absolument catastrophés.

    Crash à Rota

     

    Nous arrivons au « Muele de Espera », le ponton d’attente, tremblants de tous nos membres.
    Nous ouvrons les fonds pour inspecter les boulons de quille, il y a un peu d’humidité mais pas de voie d’eau.
    On nous attribue une place.
    Je m’équipe en plongée bouteille avec torche étanche mais la visibilité est de 20 cm maximum.
    Voici ce que j’arrive à observer : la quille en plomb est râpée sur toute sa surface inférieure. Il y a une entaille de 1 cm2 et un peu de matière qui manque au bord d’attaque inférieur. Plus grave, il y a 2 trainées de 40-50 cm sur 4-5 cm de large où il manque bien 1 ou 2 cm de plomb…
    Nous inspectons les varangues et les membrures pour déceler toute délamination. Rien.
    Nous épongeons méticuleusement la zone des boulons de quille, qui est le point bas du bateau, pour surveiller toute infiltration ou suintement.
    Rien, pas d’eau au bout de 48 heures.
    Décidément, un Sunbeam c'est costaud !
    Nous contactons l’assureur et des amis pour obtenir des conseils.
    3 jours après le talonnage, nous décidons de remettre en route.
    Je n’arrête pas de penser à ce crash. J’aimerais pouvoir remonter le temps. Je me dis qu’en passant 2 heures avant ou après, qu’en déjeunant sur place, qu’avec un autre coefficient de marée etc…nous aurions évité de taper et de monter sur ce rocher…
    Mais c’est trop tard !
    Et encore, cela aurait pu être pire.
    Ce n’est pas une faute de débutant, c’est simplement, bêtement, uniquement un manque de rigueur.
    Seule circonstance atténuante : nous venons de passer 6 ans en Méditerranée où les marnages sont anecdotiques.
    Nous allons faire réparer la quille avec de l’époxy lors de l’hivernage.
    Il reste à espérer qu’aucun dommage collatéral à cet incident ne survienne dans le futur…
    Je me souviendrai de Rota.